Y’a quelque chose de particulier dans les derniers jours d'automne à la ferme. Le rythme ralentit, les journées raccourcissent, les serres se vident et les dernières fleurs disparaissent avec les premières gelées. Après des mois d’un rythme soutenu à semer, planter, récolter et tout recommencer semaine après semaine, on arrive enfin au bout d'un autre cycle.
Et chaque année, je trouve toujours ça aussi magnifique et précieux.
Depuis quelques années, j'ai la chance de partager une partie de ce cycle avec mon fils le plus vieux, Roméo, qui a maintenant 23 ans. Au début du printemps, quelque part en avril, il vient me donner un coup de main pour démarrer la saison. On fait des semis ensemble, on plante les dahlias dans la serre, on prépare tranquillement la ferme à reprendre vie.
Puis, quand tout commence à pousser, il part planter des arbres dans le nord de l'Alberta. Il y passe quatre mois à faire pousser des forêts pendant qu'ici on fait pousser des fleurs.
Et puis à la fin de l'été il revient, juste à temps pour retrouver la ferme dans son dernier élan et m'aider à terminer la saison. On récolte, on range, on plie, on empile, on nettoie et on profite des derniers beaux jours ensemble pour mettre la ferme au dodo avant l'hiver.
Il m'aide à démarrer la ferme au printemps, puis à la fermer à l'automne. Entre les deux, chacun vit sa saison.
Je sais pas exactement comment expliquer ce que ça me fait, mais y’a quelque chose d’immensement beau et de vraiment très précieux dans le fait de partager ça avec lui. De voir le temps passer et de se retrouver autour des mêmes gestes qui reviennent année après année. C'est une façon bien à nous d’être ensemble, et j'y tiens beaucoup.
Mais qu'est-ce qu'on fait l'hiver?
C'est probablement une des questions qu'on nous pose le plus souvent. Quand les champs sont vides et que la neige recouvre la ferme, plusieurs s'imaginent qu'on se la coule douce jusqu'au printemps. Et je comprends pourquoi! De l'extérieur, tout semble effectivement s'arrêter. Mais en réalité, une bonne partie de notre travail se poursuit derrière les rideaux.
En plus de cultiver des milliers de fleurs pendant la belle saison, on a développé tout un autre volet de notre entreprise, soit la distribution de bulbes et de semences de fleurs.
On ne produit pas nous-mêmes ces bulbes et ces semences, mais on les sélectionne auprès de fournisseurs spécialisés pour vous offrir des variétés qu'on aime particulièrement, souvent les mêmes que celles qu'on cultive ici à la ferme.
On choisit ces variétés avec soin, autant pour leurs couleurs douces, leur côté funky que pour leur qualité de production. Le hic, c’est qu’elles sont souvent offertes uniquement chez des fournisseurs spécialisés qui vendent en très grandes quantités. Pas super pratique quand on veut simplement fleurir son petit jardin! C’est là qu’on entre en jeu, on propose ces variétés en petits lots, pour que vous puissiez vous aussi cultiver ces petites merveilles sans avoir à commander des centaines de bulbes ou des milliers de semences.
Le printemps et l’été on sélectionne les variétés, on planifie les ventes et on prépare la boutique en ligne. L’automne et l’hiver on réceptionne, on emballe, on organise et on envoie des centaines de colis contenant la promesse de fleurir pour vos beaux yeux la saison suivante.
Alors pendant que nos jardins dorment, on prépare les vôtres.
C'est un travail beaucoup moins visible que celui qu'on fait dans les champs, mais qui nous enthousiasme tout autant. Parce qu'au fond ce qu'on aime, c'est faire fleurir le monde.
Un hiver un peu particulier
Cette année, l'hiver aura aussi une saveur bien spéciale pour Floramama.
Mon associée Raphaël fait pousser quelque chose de bien spécial, un ti-bébé dans son ventre qui devrait pointer le bout de son nez autour de Noël! Un petit être que son copain Ian et elle attendent avec amour.
Et pour l’occasion les mamans de Rapha, Nicole et Laure, feront le voyage depuis la France pour passer un bon bout de temps avec nous. Et ça, j’en pleure presque de joie tellement je les aime ces deux-là! Elles font partie de la grande famille Floramama, et même si on n’est pas de la même famille en vrai Rapha, elles et moi, c’est tout comme dans nos cœurs.
Comme Rapha et moi sommes presque voisines, c’est chez moi qu’elles poseront leurs valises pour l’accouchement, histoire de laisser à la petite famille toute l’intimité nécessaire pour accueillir tranquillement leur petit pois à la maison. Elles seront là pour accueillir ce petit haricot, profiter des premiers moments en famille et donner un sérieux coup de pouce à Rapha et Ian, mais aussi pour nous donner un précieux coup de main à ensacher les semences! Vive les mamans!
Alors cet hiver, il y aura des commandes à préparer, des colis à envoyer, une prochaine saison à planifier, des cafés près du feu et quelque part au milieu de tout ça, un nouveau bébé à accueillir dans la douceur.
Le repos fait aussi partie du cycle
À part le fait que je puisse faire plusieurs métiers à l’intérieur d’un seul, je pense que c'est une des choses que j'aime le plus de la floriculture au Québec, cette façon qu'ont les saisons de nous imposer un vrai rythme.
Pendant l'été tout va vite. Les fleurs n'attendent pas, les journées sont chargées et la cadence soutenue doit être respectée sinon c'est la cata! Puis arrive l'automne, et tranquillement, la nature nous oblige à ralentir. D’ailleurs, je suis toujours très contente de voir ce rythme changer haha!
On range les outils, on ferme les serres, on rentre le bois.
Je savoure ce ralentissement, ce temps tourné vers l'intérieur et j’aime penser que pendant que la ferme se repose, on continue de semer un peu de beauté.
Et au printemps, quand Roméo reviendra pour les premiers semis, tout recommencera.
